2004-2005 Ted Goloff
RÉFLEXIONS SUR UNE PRÉSIDENCE
J’ai assumé la direction de la Lord Reading Law Society en juin 2004. Dans mon allocution d’ouverture, j’ai rappelé que la Société était née en réaction à l’intolérance de 1948, mais que des manifestations de cette intolérance subsistaient encore. J’étais loin de me douter que, le jour même où le prix annuel des droits de la personne de la LRLS serait remis aux lauréats conjoints de 2004 — la Ligue antidiffamation du B’nai Brith et le Congrès juif canadien — et où Son Excellence Alan Baker, ambassadeur d’Israël, prononcerait un discours émouvant et éloquent, je devrais écrire au syndic du Barreau du Québec. Je lui demandais alors d’examiner les propos odieux tenus par un confrère dans un mémoire présenté à la Cour suprême dans l’affaire Mugesera — propos visant la nomination à la Cour suprême de l’une des membres les plus prestigieux de la Société, la juge Rosalie Abella, par un autre lauréat de notre prix des droits de la personne, l’honorable Irwin Cotler — afin de déterminer s’ils constituaient une violation de la *Loi sur le Barreau* ou de ses règlements.
Ce soir-là même, la Société a poursuivi ses démarches pour amener le Barreau du Québec et/ou le Barreau de Montréal à adopter une résolution condamnant l’antisémitisme et toutes les formes de racisme, les considérant comme une atteinte aux traditions juridiques qui nous sont chères en tant que membres du Barreau et de la magistrature; ces efforts se poursuivent encore aujourd’hui.
Quelques semaines seulement après la fin de mon mandat, la Cour suprême a sévèrement critiqué Me Bertrand pour les allégations contenues dans ses plaidoiries; la juge en chef McLachlin, s’exprimant au nom d’une Cour unanime, a écrit :
17 Nous devons malheureusement souligner que la requête et les documents déposés à son appui contiennent des sentiments et des points de vue antisémites que la plupart des gens auraient pu croire disparus de la société canadienne, et plus encore des débats juridiques au Canada. Notre société est diversifiée et abrite une très grande variété de groupes ethniques, linguistiques et culturels.
Dans cette société, recourir à des discours et à des actes qui contredisent profondément les principes d’égalité et de respect mutuel — fondements de notre vie publique — témoigne d’un manque de respect envers les règles fondamentales régissant nos institutions publiques et, plus particulièrement, nos tribunaux et le système judiciaire.
Cela n’enlève rien à l’importance de l’allocution prononcée par l’ambassadeur lors de cette soirée mémorable, quelques semaines seulement après que la Cour internationale de Justice de La Haye eut statué — avec l’opposition notable du juge américain — que la barrière érigée par Israël à la suite des attentats et autres atrocités survenus après le début de la seconde Intifada était illégale. Même les critiques de la politique israélienne ont reconnu que le discours de l’ambassadeur constituait peut-être la défense la plus rigoureuse et la mieux étayée de la position israélienne jamais présentée publiquement. Nul doute que le fait que l’ambassadeur Baker ait lui-même été conseiller juridique principal auprès du ministère israélien des Affaires étrangères avant sa nomination a renforcé la pertinence et la force de son argumentation.
Tout n’était cependant pas sombre durant cette année. En effet, l’un des moments forts fut la séance inaugurale, juste avant Roch Hachana en 2004, au cours de laquelle le juge Binnie, de la Cour suprême, nous a beaucoup appris sur Rufus Isaacs, premier marquis de Reading, qui a donné son nom à la Société. Son humour pince-sans-rire nous a fait rire aux éclats pendant la majeure partie de l’heure, pour notre plus grand plaisir.
Au cours de l’année, des présentations ont également porté sur l’humour dans le domaine juridique, sur les autres carrières possibles pour les avocats, ainsi que sur la création et la gestion d’un cabinet d’avocats multinational.
Ce fut aussi l’année où la Société a cherché à élever le niveau du débat sur le mariage entre personnes de même sexe en organisant un séminaire permettant d’examiner les différentes positions en présence.
Enfin, à la fin de l’année, quelle meilleure façon pour moi de « passer le relais » à mon successeur, Alan Adel, que de le faire après l’intervention de la juge Pierrette Rayle, venue retracer pour nous sa brillante carrière, tant au Barreau qu’en tant que juge de première instance, puis comme juge influente à la Cour d’appel ?
En somme, une année riche en événements pour la Société.