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2009-2010 Irwin Rudick

Au fil des ans, et tout récemment durant mon mandat de président de la Lord Reading Law Society (LRLS), j’ai souvent entendu dire — parfois en termes très vifs — que la LRLS devrait davantage « s’impliquer ». Ce courant de pensée souhaite voir une LRLS plus militante. À mon avis, nous devons faire preuve d’une grande prudence avant de nous engager trop loin dans cette voie. Plusieurs raisons justifient cette position.

Premièrement, nos membres, comme ceux de tout autre groupe, ont des opinions diverses sur les questions juridiques ou politiques susceptibles de faire surface. Prendre parti dans un débat houleux risque d’aliéner certains membres qui pourraient alors se dire « ce n’est pas ce pour quoi je me suis inscrit » et démissionner. Il va sans dire qu’une telle issue ne serait pas souhaitable.

Deuxièmement, avant d’envisager une approche « militante » sur une question donnée, nous devons tenir compte de la position d’une composante essentielle de nos membres : les juges. Je pense pouvoir affirmer, sans crainte d’être contredit, que l’un des aspects les plus enrichissants et les plus agréables de l’expérience au sein de la LRLS est la possibilité d’échanger de manière informelle et de prendre un verre avec nos membres qui sont juges. Or, cette expérience pourrait être compromise si la LRLS se retrouvait mêlée à diverses controverses.

Cela dit, il arrive que la LRLS doive prendre position. L’essentiel, toutefois, est de le faire avec une grande prudence et après mûre réflexion. Nous avons récemment eu l’occasion de le faire dans le cadre de la consultation générale sur le projet de loi 94 — Loi établissant les balises encadrant les demandes d’accommodement au sein de l’Administration et de certaines institutions, ou plus simplement la « loi sur le niqab ». J’estime que la démarche que nous avons suivie en cette occasion constitue un excellent précédent pour l’avenir.

  • Premièrement, nous avons fait examiner la question par notre Comité des droits de la personne, dirigé par Me Frank Schlesinger, et les conclusions de celui-ci ont été présentées à l’Exécutif et au Conseil d’administration.
  • Deuxièmement, le rapport du Comité des droits de la personne a été transmis au Conseil d’administration, à l’Exécutif et aux anciens présidents de la LRLS afin de recueillir leurs commentaires, suggestions, propositions de modification, etc.
  • Troisièmement, la version finale de notre mémoire destiné à la Commission des institutions a été communiquée à l’Exécutif, au Conseil d’administration et aux anciens présidents de la LRLS en vue d’un vote par courriel. Le mémoire n’a été déposé qu’une fois que j’ai reçu, en tant que président, un vote favorable à sa soumission à la Commission.
  • Quatrièmement, et c’est un point crucial, nous avons précisé sans équivoque dans notre mémoire qu’aucun membre de notre association exerçant les fonctions de juge à temps plein ou de juge surnuméraire n’avait participé, de quelque manière que ce soit, à l’élaboration de ce document.

L’Exécutif et le Conseil d’administration ont approuvé, à une large majorité, le mémoire de notre Comité des droits de la personne qui condamnait le projet de loi.

Je constate avec une certaine satisfaction qu’à la suite du dépôt de notre mémoire — parmi d’autres —, les audiences ont été suspendues et que le projet de loi pourrait être abandonné.

En somme, oui, nous pouvons et devons parfois faire preuve d’« activisme » ; toutefois, nous devons agir avec une grande prudence et, surtout, choisir judicieusement nos combats !